Le sujet du Zero Data Retention (ZDR) autour de Rovo suscite beaucoup de questions, souvent parce que plusieurs mécanismes de traitement des données coexistent chez Atlassian. Cet article remet les choses en ordre : ce qu’est réellement le ZDR de Rovo aujourd’hui, ce qu’il protège, ce qu’il ne protège pas, et surtout ce qui changera après le 17 août 2026.
À retenir en une phrase : le ZDR de Rovo continue d’exister pour l’usage de Rovo lui-même, mais à partir du 17 août 2026, Atlassian met en place en parallèle un mécanisme distinct de Data Contribution qui peut servir à améliorer ses apps et expériences AI, dont Rovo.
Comprendre le ZDR de Rovo
Dans le contexte de Rovo, le ZDR signifie que les fournisseurs de modèles de langage utilisés par Atlassian ne conservent pas vos données d’entrée et de sortie, et ne les utilisent pas pour entraîner ou améliorer leurs services.
« The LLM providers we use do not retain your inputs and outputs, or use them to improve their services. »
Autrement dit, lorsqu’un utilisateur interroge Rovo Chat, Rovo Search ou un agent Rovo, les données sont traitées pour produire une réponse, mais pas conservées par le fournisseur LLM tiers.
Vos prompts et les réponses générées ne partent pas alimenter l’entraînement des modèles d’OpenAI, Anthropic ou Google dans le cadre du fonctionnement standard de Rovo.
Ce que le ZDR couvre réellement
Le ZDR de Rovo couvre les éléments suivants :
- Les inputs soumis à Rovo : ils ne sont pas retenus par les fournisseurs LLM.
- Les réponses générées : elles ne sont pas retenues par les fournisseurs.
- L’entraînement des modèles tiers : vos données ne servent pas à améliorer leurs modèles.
- L’entraînement des modèles Atlassian dans le flux d’usage standard : les données soumises à ou générées par Rovo et Atlassian Intelligence ne sont pas utilisées pour entraîner, affiner ou améliorer les modèles dans ce cadre d’utilisation.
« Customer data, including data submitted to or generated by Rovo and Atlassian Intelligence, is never used to train, fine-tune, or improve AI models or services. »
C’est cette garantie qui fait de Rovo une offre plus rassurante pour les organisations sensibles à la confidentialité que beaucoup d’outils AI grand public.
Ce que le ZDR ne veut pas dire
Le terme « Zero Data Retention » peut prêter à confusion. Il ne signifie pas :
- qu'Atlassian ne stocke absolument rien ;
- qu'aucune journalisation n'existe ;
- que tout le contenu connecté à Rovo disparaît instantanément après chaque requête ;
- que tous les flux de données Atlassian sont couverts par la même promesse.
Pour Rovo Chat et les agents, les inputs et outputs sont conservés 30 jours par Atlassian pour des raisons de sécurité et de sûreté.
« For Chat and agents, we retain your inputs and outputs for 30 days for safety and security purposes. »
Donc :
- Zéro rétention côté fournisseurs LLM
- Rétention limitée côté Atlassian (30 jours) pour des besoins opérationnels et de sécurité.
Le ZDR de Rovo n’est pas un « zéro stockage partout ». C’est un engagement ciblé sur le fait que les LLM providers ne gardent pas vos données et ne s’en servent pas pour leur propre entraînement.
Autres garanties importantes autour de Rovo
Le ZDR n’est qu’une partie du dispositif global. Rovo s’appuie aussi sur plusieurs garde-fous complémentaires.
Permissions et contrôle d’accès
Rovo respecte les permissions des produits Atlassian et des connecteurs tiers. Un utilisateur ne voit en principe que ce qu’il est déjà autorisé à voir dans les systèmes sources.
Suppression des contenus indexés
Quand une application tierce est déconnectée, Atlassian indique que le contenu indexé depuis cette source est supprimé dans un délai pouvant aller jusqu’à 30 jours.
Data residency
Rovo supporte la résidence des données pour plusieurs catégories de données. Cela améliore le contrôle géographique du stockage, même si cela ne doit pas être confondu avec le ZDR.
Option Enterprise avec LLM hébergés par Atlassian
Pour les organisations ayant des exigences élevées, Atlassian propose une option Atlassian-hosted LLMs. Lorsqu’elle est activée, les prompts et le contexte ne sont plus envoyés vers des LLM externes. Le traitement se fait alors dans la frontière cloud Atlassian.
Avec l’option Atlassian-hosted LLMs, aucune donnée client ne sort de la frontière cloud Atlassian pour le traitement LLM.
Avant le 17 août 2026 : la situation de référence
Avant le 17 août 2026, le message est relativement simple :
- vous utilisez Rovo ;
- les fournisseurs LLM ne retiennent pas les inputs/outputs ;
- vos données ne sont pas utilisées pour entraîner les modèles dans le cadre de cet usage ;
- Atlassian conserve certains échanges pendant 30 jours pour des raisons de sécurité ;
- le ZDR est donc la règle de fonctionnement pour le flux d'usage standard de Rovo.
Pour beaucoup d’organisations, c’est ce point qui a servi de base de confiance pour envisager l’adoption de Rovo.
Après le 17 août 2026 : ce qui change vraiment
Le changement n’est pas la disparition du ZDR de Rovo. Le changement est l’ajout d’un deuxième flux de données, distinct du premier : la Data Contribution.
À partir du 17 août 2026, Atlassian commencera à utiliser, selon vos réglages d’administration, certaines données issues de vos produits cloud pour améliorer ses apps et expériences AI pour tous les clients.
Cela concerne deux familles de données :
- Metadata : signaux dé-identifiés et agrégés, comme des scores de lisibilité, story points, classifications, métriques SLA et patterns fréquents.
- In-app data : contenu réel créé par les utilisateurs, comme les titres, descriptions, commentaires, noms de workflows ou contenus de pages.
Après le 17 août 2026, il faut distinguer l’usage de Rovo et la contribution des données à l’amélioration des apps et de l’AI. Ce sont deux mécanismes différents.
Le vrai avant / après
Le ZDR de Rovo ne disparaît pas après le 17 août 2026. En revanche, il ne suffit plus à lui seul pour décrire l’ensemble des pratiques de données autour de l’AI Atlassian.
Pourquoi cette nuance est importante
Beaucoup de lecteurs entendent « Rovo est en ZDR », puis « Atlassian va utiliser des données client pour améliorer son AI », et pensent qu’il y a contradiction.
En réalité, les deux affirmations peuvent être vraies en même temps :
- Flux A : usage de Rovo → ZDR côté fournisseurs LLM, pas d'usage pour entraînement dans ce cadre. Inchangé après le 17 août.
- Flux B : Data Contribution → certaines données peuvent être utilisées par Atlassian selon vos réglages pour améliorer les apps et expériences AI. Nouveau à partir du 17 août.
C’est exactement cette coexistence qu’il faut expliquer clairement dans toute communication interne, note DPO, ou article de gouvernance AI.
Quels sont les impacts concrets pour les organisations ?
La première action recommandée est de vérifier les réglages dans Atlassian Administration → Security → Data contribution.
Sur tous les plans, il est possible d’agir au moins sur l’in-app data. C’est la catégorie la plus sensible car elle correspond au contenu réel produit dans Jira, Confluence et autres apps concernées.
Pour toutes les organisations
Quelle que soit la taille ou le secteur, la priorité est de vérifier l’état des réglages avant le 17 août 2026 et de s’assurer que la décision de contribuer ou non les données est explicite et documentée, pas le résultat d’une configuration par défaut passée inaperçue.
Pour les clients Enterprise
Le contrôle est plus large, car il est possible de gérer à la fois les metadata et l’in-app data. C’est l’option la plus adaptée pour les organisations qui veulent une gouvernance fine.
Pour les organisations soumises à de fortes exigences de conformité
Le sujet ne doit pas être traité uniquement comme une question produit. Il faut aussi l’examiner sous l’angle :
- de la protection des données ;
- de la résidence des données ;
- des sous-traitants impliqués ;
- du rôle d'Atlassian comme processeur ou responsable de traitement selon le flux concerné.
Si votre organisation a des contraintes fortes de résidence des données, de secteur régulé ou de conformité RGPD, documentez vos réglages avant le 17 août 2026 et demandez des clarifications écrites à Atlassian si nécessaire.
Le sujet des 7 ans : de quoi parle-t-on exactement ?
L’un des points qui surprend le plus dans la documentation Atlassian concerne la durée de conservation pouvant aller jusqu’à 7 ans. Il faut être très précis : cela ne vise pas les données brutes identifiables en tant que telles.
Atlassian indique que :
« Data that is de-identified and aggregated at a customer level such that it is no longer associated with individual customers (including common patterns), may be retained for up to seven years. »
Autrement dit, ce qui peut être conservé jusqu’à 7 ans correspond à des données dé-identifiées et agrégées, notamment des patterns communs. Ce point relève du mécanisme de Data Contribution, pas du ZDR de l’usage standard de Rovo.
Bonnes pratiques pour les clients Atlassian qui veulent limiter l’utilisation de leurs données
Pour les organisations qui souhaitent réduire au maximum le risque que leurs données soient utilisées dans le cadre de la Data Contribution, la bonne approche consiste à traiter le sujet comme un chantier de gouvernance : vérifier les réglages, documenter les décisions, impliquer les bonnes parties prenantes et suivre les évolutions contractuelles d’Atlassian.
1. Désactiver l’in-app data contribution avant le 17 août 2026
La mesure la plus importante est de vérifier le paramètre In-app data contribution dans Atlassian Administration → Security → Data contribution.
L’in-app data correspond au contenu le plus sensible : titres et contenus de pages Confluence, titres, descriptions et commentaires de tickets Jira, noms de workflows, statuts personnalisés, etc. Selon la documentation Atlassian, tous les clients, sur tous les plans, peuvent désactiver la contribution de l’in-app data.
Désactiver l’in-app data contribution au niveau organisation avant le 17 août 2026, sauf décision explicite et documentée de contribuer ces données.
2. Vérifier les réglages par plan Atlassian
Les possibilités de contrôle dépendent du plan le plus élevé actif dans l’organisation Atlassian.
3. Contrôler les exceptions par app, espace et connecteur
Atlassian permet d’inclure ou d’exclure certaines données d’apps, d’espaces ou de connecteurs Teamwork Graph. Cette granularité est utile, mais elle peut aussi créer des exceptions difficiles à suivre.
Une bonne pratique consiste à adopter une règle simple : désactivation par défaut, puis inclusion uniquement des espaces ou apps explicitement validés. Cela évite qu’un espace contenant des informations sensibles soit inclus par erreur.
- Identifier les espaces Confluence sensibles : RH, finance, juridique, sécurité, direction, clients stratégiques.
- Identifier les projets Jira sensibles : incidents de sécurité, support client, données réglementées, projets confidentiels.
- Vérifier les connecteurs Teamwork Graph : Slack, Google Drive, SharePoint, Notion, Asana, Miro ou autres sources connectées.
- Documenter chaque exception : propriétaire, raison, date de validation et date de revue.
4. Mettre en place une revue périodique des paramètres
Les réglages de Data Contribution ne doivent pas être vérifiés une seule fois. Atlassian précise que les nouvelles apps ajoutées à une organisation suivent les réglages existants, avec un délai de 30 jours avant utilisation des données de la nouvelle app. Les changements de plan peuvent aussi modifier les possibilités de contrôle, notamment en cas de passage d’Enterprise vers un plan inférieur.
Il est donc recommandé de mettre en place une revue régulière :
- revue initiale avant le 17 août 2026 ;
- revue après chaque ajout d'app Atlassian ou de connecteur ;
- revue après tout changement de plan ;
- revue trimestrielle ou semestrielle par l'équipe admin, sécurité ou conformité.
5. Impliquer le DPO, la sécurité et le juridique
Pour les organisations européennes ou soumises au RGPD, la Data Contribution ne doit pas être traitée uniquement comme un réglage technique. Elle peut impliquer des questions de base légale, de rôle d’Atlassian, de sous-traitance, de résidence des données et de conservation.
Les clients devraient donc impliquer :
- Le DPO ou l’équipe privacy.
- L’équipe sécurité.
- Le juridique ou les achats IT.
- Les administrateurs Atlassian.
- Les responsables métiers des espaces ou projets sensibles.
L’objectif n’est pas de bloquer toute utilisation de Rovo, mais de prendre une décision consciente, documentée et alignée avec le niveau de risque de l’organisation.
6. Demander des clarifications écrites à Atlassian si nécessaire
Pour les clients ayant des exigences fortes de conformité, certaines questions doivent être clarifiées directement avec Atlassian, idéalement par écrit :
- La résidence des données exclut-elle ou non les données des pipelines de Data Contribution ?
- Quels sous-traitants peuvent recevoir ou traiter les données contribuées ?
- Dans quels pays ces traitements peuvent-ils avoir lieu ?
- Quelle est la base légale utilisée par Atlassian pour ce traitement ?
- Comment Atlassian documente-t-il la dé-identification, l'agrégation et la conservation jusqu'à 7 ans des patterns communs ?
Ne vous contentez pas d’une réponse commerciale générale si votre organisation est dans un secteur régulé. Demandez une réponse exploitable par vos équipes sécurité, conformité et juridique.
7. Éviter de stocker inutilement des données sensibles dans Jira et Confluence
La meilleure protection reste la minimisation des données. Même avec de bons réglages, Jira et Confluence ne devraient pas devenir des dépôts incontrôlés de données sensibles.
Quelques règles utiles :
- Éviter de stocker des données de santé, financières, secrets industriels ou données personnelles sensibles dans des champs libres.
- Utiliser des espaces ou projets dédiés avec permissions strictes lorsque ces données sont nécessaires.
- Limiter les pièces jointes sensibles.
- Mettre en place des règles de classification ou de nommage.
- Former les utilisateurs à ne pas coller de données confidentielles dans les prompts Rovo ou dans des pages ouvertes trop largement.
8. Auditer les apps Marketplace et outils tiers séparément
Le ZDR de Rovo et les réglages de Data Contribution Atlassian ne couvrent pas automatiquement les applications Marketplace tierces ni les outils externes connectés. Chaque app peut avoir ses propres conditions, ses propres sous-traitants et ses propres politiques d’AI ou de rétention.
Les clients devraient maintenir un inventaire des apps et vérifier régulièrement :
- si l'app utilise de l'AI ou des LLM ;
- si elle envoie des données hors de l'environnement Atlassian ;
- si elle utilise les données client pour entraîner ou améliorer des modèles ;
- sa politique de rétention de données.
9. Garder des preuves de configuration
Prendre une capture d’écran ou exporter les réglages depuis Atlassian Administration → Security → Data contribution est une bonne pratique de base. En cas de question interne ou d’audit externe, vous disposez d’une preuve datée de votre configuration.
Il est recommandé de :
- documenter les réglages avant le 17 août 2026, puis après chaque modification ;
- conserver ces preuves dans un espace de documentation sécurisé, accessible à l'équipe conformité ;
- horodater chaque capture avec la date, le plan en vigueur et le nom de l'administrateur responsable.
10. Synthèse des actions prioritaires
- Vérifier Atlassian Administration → Security → Data contribution.
- Désactiver l’in-app data contribution avant le 17 août 2026.
- Pour les clients Enterprise, vérifier aussi la contribution des metadata.
- Contrôler les exceptions par app, espace et connecteur Teamwork Graph.
- Impliquer DPO, sécurité et juridique pour les organisations concernées.
- Demander des clarifications écrites à Atlassian si les exigences de conformité sont élevées.
- Auditer les apps Marketplace et outils tiers séparément.
- Documenter les réglages et prévoir une revue périodique.
Ce qu’il faut retenir pour une communication claire
- Le ZDR de Rovo est réel : les fournisseurs LLM ne retiennent pas les inputs/outputs et ne les utilisent pas pour entraîner leurs modèles.
- Atlassian conserve néanmoins certains échanges pendant 30 jours pour la sécurité des fonctions Chat et Agents.
- Le ZDR ne signifie pas zéro stockage partout, mais zéro rétention côté fournisseurs LLM dans le flux standard d'usage.
- À partir du 17 août 2026, le ZDR reste valable pour l'usage de Rovo.
- Ce qui change après cette date, c'est l'activation d'un mécanisme séparé de Data Contribution permettant à Atlassian d'utiliser certaines données pour améliorer ses apps et expériences AI selon vos réglages.
- Le vrai risque de confusion consiste à mélanger ces deux flux alors qu'ils répondent à des logiques différentes.
Conclusion
Le ZDR de Rovo reste un argument fort de confiance : dans le fonctionnement standard du produit, les fournisseurs de LLM n’ont pas le droit de conserver vos prompts et vos réponses ni de les utiliser pour entraîner leurs services. C’est le cœur de la promesse de confidentialité de Rovo.
Mais après le 17 août 2026, parler uniquement du ZDR ne suffira plus. Il faudra systématiquement expliquer qu’il existe désormais un avant/après dans la gouvernance des données : non pas parce que le ZDR de Rovo est remis en cause, mais parce qu’Atlassian a introduit un mécanisme parallèle de Data Contribution qui peut permettre à Atlassian d’utiliser certaines données à l’amélioration de ses produits AI.
La bonne lecture est donc la suivante : avant, le ZDR décrivait presque à lui seul la logique de traitement AI visible pour l’utilisateur Rovo ; après, il faudra distinguer clairement usage de Rovo et Data Contribution.
Nos experts Atlassian vous accompagnent pour auditer vos réglages de Data Contribution, mettre en place une gouvernance adaptée à votre plan et à vos exigences de conformité. Contactez Cyrille Martin pour en discuter.
Comment les données circulent dans Rovo
Le fonctionnement de Rovo repose sur un circuit relativement clair :
Le ZDR concerne avant tout la relation entre Atlassian et les providers LLM. Cela ne veut pas dire que plus aucune donnée n’existe nulle part, mais que les fournisseurs de modèles n’en gardent pas pour leur propre usage.
La documentation Atlassian précise que Rovo peut s’appuyer sur plusieurs types de modèles :
Atlassian utilise donc une architecture multi-modèles pour choisir le meilleur traitement selon le cas d’usage.